Salle 05 · Les pages fantômes des Lettres de Paul

Découverte 2026 : le Codex H

VIᵉ siècle · restitué en 2026

42 pages perdues des Lettres de Paul restituées par imagerie multispectrale (Université de Glasgow, avril 2026).

Canonique
Vitrine I · Glasgow, 24 avril 2026

42 pages sorties de l'ombre

Une équipe internationale dirigée par le professeur Garrick Allen (Université de Glasgow) a restitué 42 pages perdues de l'un des plus importants manuscrits anciens des lettres de Paul.

CanoniqueActualité 2026

Au VIe siècle, un scribe copie les lettres de l'apôtre Paul en grandes lettres onciales (majuscules), disposées en lignes de sens pour guider la lecture à voix haute. Le manuscrit est accompagné de l'apparat euthalien : prologues, listes de chapitres et de citations qui aident le lecteur à s'orienter.

Au XIIIe siècle, au monastère de la Grande Laure, sur le mont Athos, le livre usé est démonté. Son texte avait été repassé à l'encre ; ses feuilles deviennent reliures et pages de garde d'autres volumes. Les feuillets survivants sont aujourd'hui dispersés entre la France, la Grèce, l'Italie, la Russie et l'Ukraine.

En combinant imagerie multispectrale et datation au radiocarbone (réalisée à Paris, elle confirme le VIe siècle), les chercheurs ont récupéré du texte qui n'existe plus physiquement : des « pages fantômes ».

Un ancien codex à reliure de bois ouvert ; ses pages de garde sont faites de parchemin plus ancien portant des traces d'écriture grecque
Reconstitution Réemployés comme pages de garde, de vieux feuillets survivent dans la reliure d'autres livres.

Fiche d'identité

Nom
Codex H, dit aussi Coislinianus · sigle 015
Date
VIe siècle (confirmée par radiocarbone)
Contenu
Les lettres de Paul, avec l'apparat euthalien
Écriture
Onciale grecque, en lignes de sens
Démontage
XIIIe siècle, Grande Laure, mont Athos
Feuillets connus
41 feuillets physiques, dans 6 bibliothèques (selon les inventaires publiés)
42pages restituées
VIesiècle
5pays
2026annonce

L'équipe et ses partenaires

  • Garrick Allen, Université de Glasgow · chercheur principal
  • Kimberley Fowler, Université de Groningue · co-responsable du projet
  • EMEL (Early Manuscripts Electronic Library) · imagerie multispectrale
  • Monastère de la Grande Laure · Bibliothèque nationale universitaire de Turin
Vitrine II · Atelier interactif

Avant, après

Faites glisser le curseur : à gauche, le feuillet tel que le voit l'œil nu ; à droite, le même feuillet après traitement. Le texte apparaît… à l'envers, car c'est une empreinte en miroir.

Feuillet de parchemin jauni, troué par une ancienne couture ; on devine à peine des traces d'écriture
Le même feuillet en fausses couleurs : des lignes de lettres grecques majuscules inversées apparaissent nettement
Lumière visibleTraitement multispectral

Image de gauche : bande de lumière (simulation)

Simulation Pour illustrer le principe, nous avons reproduit en onciales et en lignes de sens le passage de 1 Corinthiens 13:7-10, dans un feuillet photographié pour l'occasion. Ce n'est pas une page réelle du Codex H : les vraies images se consultent sur l'édition numérique de Glasgow.

Vitrine III · Science et patrimoine

Comment fait-on parler une page disparue ?

Laboratoire sombre : un feuillet ancien photographié sous des panneaux de lumière bleue et ultraviolette
Reconstitution Une caméra monochrome photographie le feuillet sous des lumières de couleurs successives.
  1. 1

    Le texte est repassé à l'encre

    Au Moyen Âge, les lettres effacées par l'usage sont recouvertes d'une encre nouvelle.

  2. 2

    L'encre « décalque » le texte

    Ses composés chimiques laissent sur la page en vis-à-vis une image en miroir du texte, parfois sur plusieurs feuillets d'épaisseur. C'est l'effet d'offset.

  3. 3

    Photographier en plusieurs lumières

    L'imagerie multispectrale photographie la page sous des bandes de lumière étroites, de l'ultraviolet à l'infrarouge. Chaque bande révèle des traces différentes.

  4. 4

    Combiner et redresser

    Des calculs statistiques combinent les images pour isoler l'empreinte. On la retourne : le texte fantôme devient lisible. Chaque page physique peut ainsi livrer plusieurs pages de texte.

  5. 5

    Vérifier la date

    Une datation au radiocarbone du parchemin, réalisée à Paris, confirme l'origine au VIe siècle.

Vitrine IV · Carte interactive

Un livre éparpillé

Depuis l'Athos, les feuillets ont voyagé jusqu'à cinq pays. Touchez une ville pour savoir ce qu'elle conserve. La taille des cercles est proportionnelle au nombre de feuillets.

22Paris8Mont Athos2Turin3Kyiv3Moscou3Saint-PétersbourgGlasgow · l'équipe

Mont Athos

8 feuillets

Monastère de la Grande Laure

Le lieu où le codex fut démonté au XIIIᵉ siècle. La communauté a ouvert ses feuillets aux chercheurs pour les imager à plusieurs reprises.

Vitrine V · Pour bien comprendre

Ce que la découverte change… et ne change pas

Canonique

Les pages retrouvées contiennent les lettres de Paul déjà connues.

Il ne s'agit ni d'un écrit inédit ni d'un « évangile perdu ». Le texte restitué est celui que transmettent aussi des milliers d'autres manuscrits du Nouveau Testament. La découverte ne modifie pas la Bible : elle ajoute un témoin ancien de plus, qui concorde avec les autres.

Les plus anciennes listes de chapitres

Les pages contiennent les plus anciens exemples connus de listes de chapitres pour les lettres de Paul, très différentes de nos divisions actuelles (qui datent du XIIIe siècle).

Des scribes au travail

Corrections, annotations, aides à la lecture : les fragments montrent comment les copistes du VIe siècle vérifiaient et commentaient le texte sacré.

Le recyclage médiéval

L'état du manuscrit raconte comment les livres usés étaient démontés et réemployés, au lieu d'être détruits, ce qui en a sauvé des fragments.

Écouter la narration · Les pages fantômes du Codex H0:00 / 1:18
Lire la transcription

Au sixième siècle, un scribe copie avec soin les lettres de l'apôtre Paul, en grandes lettres onciales, disposées en lignes de sens pour faciliter la lecture à voix haute. Ce manuscrit, les spécialistes l'appellent aujourd'hui le Codex H. Au treizième siècle, au monastère de la Grande Laure, sur le mont Athos, le livre usé est démonté. Son texte avait été repassé à l'encre ; ses feuilles servent désormais de reliure et de pages de garde pour d'autres volumes. Dispersées, les feuilles survivantes se trouvent aujourd'hui en France, en Grèce, en Italie, en Russie et en Ukraine.

C'est cette encre qui a trahi le secret. Ses composés chimiques ont laissé, sur les pages en vis-à-vis, une empreinte en miroir du texte, parfois sur plusieurs feuillets d'épaisseur. Presque invisible à l'œil nu, ce texte fantôme apparaît clairement sous l'imagerie multispectrale. L'équipe internationale dirigée par le professeur Garrick Allen, de l'Université de Glasgow, a ainsi récupéré quarante-deux pages perdues, annoncées le 24 avril 2026, et une datation au radiocarbone, réalisée à Paris, a confirmé le sixième siècle. Le texte retrouvé est celui des lettres de Paul que nous connaissons déjà. La découverte ne change pas la Bible : elle la confirme, et révèle comment des mains anciennes lisaient, corrigeaient et annotaient les Écritures.

La suite du parcours

Et les écrits qui ne sont pas entrés dans la Bible ?

Évangile de Thomas, Livre d'Hénoch, Pasteur d'Hermas… La salle suivante présente ces textes anciens, clairement signalés comme apocryphes, et explique pourquoi ils n'ont pas été retenus.

Salle 06 · Les écrits apocryphes