Égypte, 1920. Dans un lot de papyrus acheté par le papyrologue Bernard Grenfell se cache un fragment pas plus grand qu'une carte de crédit. Il faudra attendre 1934 pour qu'un jeune chercheur d'Oxford, Colin Roberts, en reconnaisse le texte : quelques lignes de l'Évangile de Jean, au chapitre dix-huit. Jésus se tient devant Pilate. Sur une face, on lit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Sur l'autre, la question du gouverneur : « Qu'est-ce que la vérité ? » Ce fragment, le papyrus Rylands 52, est généralement daté de la première moitié du deuxième siècle, entre cent et cent cinquante environ, même si certains spécialistes élargissent cette fourchette. Il est écrit des deux côtés : il ne provient donc pas d'un rouleau, mais d'un codex, l'ancêtre de nos livres. Quelques décennies seulement après la rédaction de l'Évangile, celui-ci était déjà copié et lu dans une ville de province égyptienne.
D'autres témoins ont suivi. Vers l'an deux cent, le papyrus Bodmer II, que les spécialistes appellent P66, conserve presque entièrement les quatorze premiers chapitres de Jean. Son copiste s'est relu et corrigé des centaines de fois : on voit, ligne après ligne, le souci d'exactitude. Le papyrus Bodmer XIV-XV, P75, contient une grande partie de Luc et de Jean. Or son texte est remarquablement proche de celui du Codex Vaticanus, copié plus d'un siècle plus tard. Entre ces deux témoins, le texte n'a pas dérivé : il a été transmis avec soin. Aujourd'hui, on recense plus de cent quarante papyrus du Nouveau Testament, et plus de cinq mille huit cents manuscrits grecs au total. Aucune autre œuvre de l'Antiquité n'approche une telle documentation.