Salle 04 · Les premiers témoins du Nouveau Testament

Les Grands Codex grecs

IIᵉ – Vᵉ siècle ap. J.-C.

P52, P66, P75, Vaticanus, Sinaïticus, Alexandrinus et les Évangiles éthiopiens de Garima : les premiers témoins du Nouveau Testament.

CanoniqueApocrypheDatation débattue
Vitrine I · Les sables d'Égypte

Des feuilles de roseau venues du IIᵉ siècle

Le climat sec de l'Égypte a conservé ce que l'humidité a détruit partout ailleurs : des milliers de papyrus, parmi lesquels les plus anciennes copies connues du Nouveau Testament.

Des archéologues du début du XXe siècle et des ouvriers égyptiens tamisent le sable de buttes antiques pour en extraire des papyrus
Reconstitution Vers 1900, Bernard Grenfell et Arthur Hunt fouillent les anciennes décharges d'Oxyrhynque : des milliers de papyrus en sortent.

Le papyrus est fabriqué à partir de la moelle d'un roseau du Nil, découpée en fines lamelles croisées puis pressées. Fragile à l'humidité, il ne survit guère que dans les sables secs d'Égypte. C'est là, dans des décharges antiques, des tombes ou des monastères, que l'on a retrouvé les plus anciens témoins du texte grec du Nouveau Testament.

Ces fragments sont presque toujours issus de codex, c'est-à-dire de livres à pages, et non de rouleaux. Les premiers chrétiens ont adopté très tôt ce format pratique, qui permet de réunir plusieurs écrits et de retrouver vite un passage.

Les spécialistes les désignent par la lettre P suivie d'un numéro : P52, P64, P66, P75… On en compte aujourd'hui plus de 140.

+ 140papyrus du Nouveau Testamentrépertoriés à ce jour
+ 5800manuscrits grecspapyrus, onciales, minuscules, lectionnaires
≈ 50ansentre l'Évangile de Jean et P52, selon la datation courante
IVesièclepremières Bibles complètes conservées
CanoniqueP66 · P. Bodmer II
Un petit codex de papyrus ouvert, couvert d'une écriture grecque majuscule régulière

L'Évangile de Jean vers l'an 200

Fondation Martin Bodmer, Cologny (Genève) · ≈ 200 · 154 pages

Trouvé en 1952 près de Dishna, en Haute-Égypte, ce petit codex contient presque entièrement Jean 1 à 14, puis des fragments jusqu'au chapitre 21. Le copiste s'est corrigé lui-même des centaines de fois : la preuve d'une relecture attentive.

Résumé du contenu. Le prologue (« Au commencement était la Parole »), le témoignage de Jean le Baptiste, les noces de Cana, l'entretien avec Nicodème et avec la Samaritaine, les guérisons, le discours sur le pain de vie, la résurrection de Lazare et les discours d'adieu de Jésus à ses disciples.

Voir l'original · Bodmer Lab
CanoniqueP75 · P. Bodmer XIV-XV

P75 ≈ Vaticanus

Un siècle et demi les sépare, et pourtant leurs textes de Luc et de Jean concordent de façon remarquable.

Le témoin qui a surpris les chercheurs

Bibliothèque vaticane depuis 2007 · ≈ 175 – 225 · Luc et Jean

Avant sa publication en 1961, beaucoup pensaient que le texte du Codex Vaticanus (IVe siècle) résultait d'une révision savante. P75 a montré que ce texte existait déjà, presque identique, vers l'an 200 : il a été copié fidèlement, non réécrit.

Résumé du contenu. Une grande partie de l'Évangile de Luc (chapitres 3 à 24) et de Jean (chapitres 1 à 15), copiés à la suite dans le même codex.

Écouter la narration · Les papyrus, premiers témoins0:00 / 1:38
Lire la transcription

Égypte, 1920. Dans un lot de papyrus acheté par le papyrologue Bernard Grenfell se cache un fragment pas plus grand qu'une carte de crédit. Il faudra attendre 1934 pour qu'un jeune chercheur d'Oxford, Colin Roberts, en reconnaisse le texte : quelques lignes de l'Évangile de Jean, au chapitre dix-huit. Jésus se tient devant Pilate. Sur une face, on lit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Sur l'autre, la question du gouverneur : « Qu'est-ce que la vérité ? » Ce fragment, le papyrus Rylands 52, est généralement daté de la première moitié du deuxième siècle, entre cent et cent cinquante environ, même si certains spécialistes élargissent cette fourchette. Il est écrit des deux côtés : il ne provient donc pas d'un rouleau, mais d'un codex, l'ancêtre de nos livres. Quelques décennies seulement après la rédaction de l'Évangile, celui-ci était déjà copié et lu dans une ville de province égyptienne.

D'autres témoins ont suivi. Vers l'an deux cent, le papyrus Bodmer II, que les spécialistes appellent P66, conserve presque entièrement les quatorze premiers chapitres de Jean. Son copiste s'est relu et corrigé des centaines de fois : on voit, ligne après ligne, le souci d'exactitude. Le papyrus Bodmer XIV-XV, P75, contient une grande partie de Luc et de Jean. Or son texte est remarquablement proche de celui du Codex Vaticanus, copié plus d'un siècle plus tard. Entre ces deux témoins, le texte n'a pas dérivé : il a été transmis avec soin. Aujourd'hui, on recense plus de cent quarante papyrus du Nouveau Testament, et plus de cinq mille huit cents manuscrits grecs au total. Aucune autre œuvre de l'Antiquité n'approche une telle documentation.

Vitrine II · Atelier interactif

P52, le plus ancien fragment

8,9 × 6 cm : c'est la taille du papyrus Rylands 52. Il porte sept lignes de l'Évangile de Jean sur chaque face. Retournez-le, puis faites apparaître le texte disparu autour des lettres conservées.

CanoniqueDatation débattue
ΟΙ ΙΟΥΔΑΙΟΙ ΗΜΕΙΝ ΟΥΚ ΕΞΕΣΤΙΝ ΑΠΟΚΤΕΙΝΑΙΟΥΔΕΝΑ ΙΝΑ Ο ΛΟΓΟΣ ΤΟΥ ΙΗΣΟΥ ΠΛΗΡΩΘΗ ΟΝ ΕΙ-ΠΕΝ ΣΗΜΑΙΝΩΝ ΠΟΙΩ ΘΑΝΑΤΩ ΗΜΕΛΛΕΝ ΑΠΟ-ΘΝΗΣΚΕΙΝ ΙΣΗΛΘΕΝ ΟΥΝ ΠΑΛΙΝ ΕΙΣ ΤΟ ΠΡΑΙΤΩ-ΡΙΟΝ Ο ΠΙΛΑΤΟΣ ΚΑΙ ΕΦΩΝΗΣΕΝ ΤΟΝ ΙΗΣΟΥΝΚΑΙ ΕΙΠΕΝ ΑΥΤΩ ΣΥ ΕΙ Ο ΒΑΣΙΛΕΥΣ ΤΩΝ ΙΟΥ-ΔΑΙΩΝ
ΒΑΣΙΛΕΥΣ ΕΙΜΙ ΕΓΩ ΕΙΣ ΤΟΥΤΟ ΓΕΓΕΝΝΗΜΑΙΚΑΙ ΕΛΗΛΥΘΑ ΕΙΣ ΤΟΝ ΚΟΣΜΟΝ ΙΝΑ ΜΑΡΤΥ-ΡΗΣΩ ΤΗ ΑΛΗΘΕΙΑ ΠΑΣ Ο ΩΝ ΕΚ ΤΗΣ ΑΛΗ-ΘΕΙΑΣ ΑΚΟΥΕΙ ΜΟΥ ΤΗΣ ΦΩΝΗΣ ΛΕΓΕΙ ΑΥΤΩΟ ΠΙΛΑΤΟΣ ΤΙ ΕΣΤΙΝ ΑΛΗΘΕΙΑ ΚΑΙ ΤΟΥΤΟΕΙΠΩΝ ΠΑΛΙΝ ΕΞΗΛΘΕΝ ΠΡΟΣ ΤΟΥΣ ΙΟΥ-ΔΑΙΟΥΣ ΚΑΙ ΛΕΓΕΙ ΑΥΤΟΙΣ ΕΓΩ ΟΥΔΕΜΙ-ΑΝ ΕΥΡΙΣΚΩ ΕΝ ΑΥΤΩ ΑΙΤΙΑΝ

Traduction française · Jean 18:31-33

Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort. » Ainsi s'accomplissait la parole que Jésus avait dite pour indiquer de quelle mort il allait mourir. Pilate rentra donc dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? »

Méthode Sur fond de papyrus : les lettres réellement conservées. En doré, sur fond sombre : le texte restitué d'après les autres manuscrits. Le découpage suit la transcription publiée par C. H. Roberts (1935), de façon approchée. Le nombre de lettres manquant entre les deux faces correspond au texte de Jean que nous lisons : rien n'y a été ajouté ni retranché.

Un minuscule fragment de papyrus portant quelques lignes grecques, présenté seul dans une vitrine éclairée
Reconstitution Le fragment original est exposé en permanence à la John Rylands Library de Manchester.

Fiche d'identité

Cote
P. Rylands Gr. 457 · sigle P52
Date
≈ 100 – 150 selon la plupart des spécialistes ; certains élargissent jusqu'à 200
Contenu
Jean 18:31-33 (recto) et 18:37-38 (verso)
Format
Feuillet de codex écrit des deux côtés
Histoire
Acquis en Égypte en 1920 par Bernard Grenfell ; identifié et publié par Colin H. Roberts en 1934-1935
Lieu
John Rylands Library, Manchester
Voir l'original · INTF Münster
Un débat célèbre

Le papyrus de Magdalen (P64)

Trois petits fragments de l'Évangile de Matthieu, chapitre 26, achetés à Louxor en 1901 et conservés au Magdalen College d'Oxford. Des fragments de la même main sont à Barcelone (P67).

CanoniqueDatation débattue

La datation retenue

Colin Roberts le date vers l'an 200, date confirmée par les papyrologues Harold Bell, T. C. Skeat et E. G. Turner. C'est la datation qu'adopte l'édition de référence (Nestle-Aland).

Une thèse rejetée

En 1994, Carsten Peter Thiede propose le Ier siècle (entre 37 et 70). Sa thèse, largement médiatisée, a été rejetée par la grande majorité des spécialistes, notamment par Peter M. Head et Graham Stanton.

Ce qui ne change pas

Quelle que soit la date retenue, le texte de ces fragments est celui de Matthieu tel que nous le lisons.

Texte grec des versets conservés et traduction française
  1. 26:7

    προσῆλθεν αὐτῷ γυνὴ ἔχουσα ἀλάβαστρον μύρου βαρυτίμου καὶ κατέχεεν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς αὐτοῦ ἀνακειμένου.

    Une femme s'approcha de lui avec un flacon d'albâtre contenant un parfum de grand prix, et elle le versa sur sa tête pendant qu'il était à table.

  2. 26:8

    ἰδόντες δὲ οἱ μαθηταὶ ἠγανάκτησαν λέγοντες· εἰς τί ἡ ἀπώλεια αὕτη;

    En voyant cela, les disciples s'indignèrent et dirent : « À quoi bon ce gaspillage ? »

  3. 26:10

    γνοὺς δὲ ὁ Ἰησοῦς εἶπεν αὐτοῖς· τί κόπους παρέχετε τῇ γυναικί; ἔργον γὰρ καλὸν ἠργάσατο εἰς ἐμέ·

    Jésus, s'en apercevant, leur dit : « Pourquoi tourmentez-vous cette femme ? C'est une belle action qu'elle a faite envers moi. »

  4. 26:14

    Τότε πορευθεὶς εἷς τῶν δώδεκα, ὁ λεγόμενος Ἰούδας Ἰσκαριώτης, πρὸς τοὺς ἀρχιερεῖς

    Alors l'un des Douze, appelé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres

  5. 26:15

    εἶπεν· τί θέλετέ μοι δοῦναι, κἀγὼ ὑμῖν παραδώσω αὐτόν; οἱ δὲ ἔστησαν αὐτῷ τριάκοντα ἀργύρια.

    et dit : « Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? » Ils lui fixèrent trente pièces d'argent.

  6. 26:22

    καὶ λυπούμενοι σφόδρα ἤρξαντο λέγειν αὐτῷ εἷς ἕκαστος· μήτι ἐγώ εἰμι, κύριε;

    Profondément attristés, ils se mirent à lui dire, chacun à son tour : « Ce n'est pas moi, Maître ? »

  7. 26:23

    ὁ δὲ ἀποκριθεὶς εἶπεν· ὁ ἐμβάψας μετ’ ἐμοῦ τὴν χεῖρα ἐν τῷ τρυβλίῳ οὗτός με παραδώσει.

    Il répondit : « Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est lui qui me livrera. »

  8. 26:31

    Τότε λέγει αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς· πάντες ὑμεῖς σκανδαλισθήσεσθε ἐν ἐμοὶ ἐν τῇ νυκτὶ ταύτῃ, γέγραπται γάρ· πατάξω τὸν ποιμένα, καὶ διασκορπισθήσονται τὰ πρόβατα τῆς ποίμνης.

    Alors Jésus leur dit : « Vous trébucherez tous à cause de moi cette nuit, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. »

  9. 26:32

    μετὰ δὲ τὸ ἐγερθῆναί με προάξω ὑμᾶς εἰς τὴν Γαλιλαίαν.

    « Mais après que j'aurai été relevé, je vous précéderai en Galilée. »

  10. 26:33

    ἀποκριθεὶς δὲ ὁ Πέτρος εἶπεν αὐτῷ· εἰ πάντες σκανδαλισθήσονται ἐν σοί, ἐγὼ οὐδέποτε σκανδαλισθήσομαι.

    Pierre prit la parole et lui dit : « Même si tous trébuchent à cause de toi, moi, je ne trébucherai jamais. »

Texte grec standard (Nestle-Aland) des versets représentés sur les fragments : seules quelques lettres de chaque verset sont visibles sur le papyrus.

Vitrine III · Atelier interactif

Lire comme un scribe

Les grands codex sont écrits en onciales (majuscules), sans espaces entre les mots ni ponctuation : c'est la scriptio continua. Le lecteur antique lisait à voix haute pour découper les mots.

Luc 21:33 · présent dans les trois grands codex

ΟΟΥΡΑΝΟΣΚΑΙΗΓΗΠΑΡΕΛΕΥΣΟΝΤΑΙΟΙΔΕΛΟΓΟΙΜΟΥΟΥΜΗΠΑΡΕΛΕΥΣΟΝΤΑΙ

« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. »

Les accents, les esprits et la ponctuation des éditions modernes ne se sont généralisés que bien plus tard, au Moyen Âge. Le texte, lui, est le même.

Deux copistes de l'Antiquité tardive : l'un écrit sur un grand feuillet de parchemin réglé en colonnes, l'autre tient un rouleau de papyrus servant de modèle
Reconstitution Du papyrus au parchemin, du rouleau au codex : au IVe siècle, les copistes transcrivent les anciens exemplaires dans de grands volumes durables.
Vitrine IV · Les géants de parchemin

Les grands codex du IVᵉ et du Vᵉ siècle

Touchez « Fiche » pour retourner chaque carte. Trois Bibles grecques monumentales, et, sur les hauts plateaux d'Éthiopie, deux Évangiles qui comptent parmi les plus anciens livres illustrés.

B · 03

Codex Vaticanus

≈ 300 – 350

CanoniqueB · 03

Codex Vaticanus

Bibliothèque apostolique vaticane, Rome (Vat. gr. 1209)

Support
Parchemin fin, ≈ 759 feuillets conservés
Mise en page
3 colonnes par page (2 pour les livres poétiques)
Contenu
Bible grecque presque complète ; manquent le début de la Genèse, une partie des Psaumes, la fin d'Hébreux, les lettres à Timothée, Tite, Philémon et la Révélation
À retenir
Son texte est très proche de celui du papyrus P75, copié plus d'un siècle plus tôt.
01 · « aleph » (première lettre hébraïque)

Codex Sinaiticus

≈ 330 – 360

Canonique01 · « aleph » (première lettre hébraïque)

Codex Sinaiticus

Londres, Leipzig, Saint-Pétersbourg et monastère Sainte-Catherine du Sinaï

Support
Parchemin ; ≈ 400 feuillets conservés sur ≈ 730 à l'origine
Mise en page
4 colonnes par page, 48 lignes par colonne : un format unique
Contenu
Le plus ancien Nouveau Testament complet, avec une grande partie de l'Ancien Testament en grec
En annexe
L'Épître de Barnabé et une partie du Pasteur d'Hermas, deux écrits non canoniques
A · 02

Codex Alexandrinus

Vᵉ siècle

CanoniqueA · 02

Codex Alexandrinus

British Library, Londres (Royal MS 1 D V–VIII)

Support
Parchemin, 773 feuillets, 4 volumes
Mise en page
2 colonnes par page
Contenu
Bible grecque presque complète ; il manque la plus grande partie de Matthieu (jusqu'à 25:6), une partie de Jean et de 2 Corinthiens
Histoire
Offert en 1627 par le patriarche Cyrille Loukaris au roi d'Angleterre Charles Iᵉʳ ; il contient aussi les deux lettres de Clément, non canoniques
Garima I et II

Les Évangiles de Garima

≈ 330 – 650 (radiocarbone)

CanoniqueGarima I et II

Les Évangiles de Garima

Monastère d'Abba Garima, près d'Adoua (Tigré, Éthiopie)

Support
Parchemin épais (peau de chèvre), deux volumes
Langue
Guèze, la langue liturgique éthiopienne, traduite du grec
Contenu
Les quatre Évangiles, avec des pages enluminées
À retenir
Longtemps datés des XIᵉ – XIIᵉ siècles, ils figurent parmi les plus anciens livres des Évangiles enluminés connus
Des mains enveloppées d'un châle blanc tiennent ouvert un très ancien livre de parchemin écrit en guèze, en noir et rouge
Reconstitution Les Évangiles de Garima n'ont jamais quitté leur monastère.
La Bible éthiopienne

Une traduction de l'Antiquité

Le royaume d'Aksoum adopte le christianisme au IVe siècle. La Bible y est traduite du grec en guèze, une langue sémitique qui reste la langue liturgique de l'Église éthiopienne. Les Évangiles de Garima, longtemps datés du Moyen Âge, ont été datés par le carbone 14 entre 330 et 650 : ils figurent parmi les plus anciens livres des Évangiles enluminés connus.

La tradition éthiopienne compte traditionnellement 81 livres. Elle y inclut notamment le Livre d'Hénoch et les Jubilés Apocryphe, que les autres traditions ne reconnaissent pas comme canoniques. Ils sont présentés dans la salle 06.

Écouter la narration · Les géants de parchemin0:00 / 1:35
Lire la transcription

Au quatrième siècle, l'Empire romain cesse de persécuter les chrétiens. Les copistes peuvent désormais produire de grands volumes sur parchemin, contenant toute la Bible grecque. Trois de ces géants nous sont parvenus. Le Codex Vaticanus, conservé à la Bibliothèque vaticane depuis au moins le quinzième siècle, date du milieu du quatrième siècle. Il est copié sur trois colonnes, d'une écriture onciale élégante. Le Codex Sinaiticus, presque contemporain, est le plus ancien manuscrit contenant le Nouveau Testament complet. Il a été retrouvé au monastère Sainte-Catherine, au pied du mont Sinaï, par le savant allemand Constantin von Tischendorf, en 1844 puis en 1859. Ses feuillets sont aujourd'hui partagés entre Londres, Leipzig, Saint-Pétersbourg et le Sinaï, mais ils sont réunis virtuellement en ligne depuis 2009.

Le Codex Alexandrinus, copié au cinquième siècle, fut offert en 1627 au roi d'Angleterre Charles Iᵉʳ par le patriarche Cyrille Loukaris. Il est aujourd'hui conservé à la British Library, à Londres. Plus au sud, sur les hauts plateaux d'Éthiopie, le monastère d'Abba Garima conserve deux livres des Évangiles en langue guèze. Longtemps crus médiévaux, ils ont été datés par le carbone 14 entre le quatrième et le septième siècle. Ces manuscrits ont été copiés sur des continents différents, dans des langues différentes, par des scribes qui ne se connaissaient pas. Et pourtant, ils transmettent le même message, avec les mêmes paroles. Comme l'annonçait Jésus lui-même : le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.

Vitrine V · Une odyssée de seize siècles

L'odyssée du Codex Sinaiticus

Le plus ancien Nouveau Testament complet a dormi quinze siècles au pied du Sinaï avant d'être dispersé dans quatre bibliothèques, puis réuni sur Internet.

  1. ≈ 330 – 360

    La copie

    Plusieurs scribes copient le codex, probablement en Palestine ou en Égypte. Des correcteurs le relisent pendant des siècles.

  2. 1844

    Première visite

    Constantin von Tischendorf voit au monastère Sainte-Catherine 129 feuillets de l'Ancien Testament et en emporte 43, aujourd'hui à Leipzig.

  3. 4 février 1859

    La grande découverte

    Lors de sa troisième visite, sous le patronage du tsar Alexandre II, on lui montre 347 feuillets, dont le Nouveau Testament complet.

  4. 1862

    Le fac-similé

    Tischendorf publie le texte en quatre volumes à Saint-Pétersbourg. Le manuscrit reste en Russie.

  5. 1933

    Londres

    Le gouvernement soviétique vend la partie russe au British Museum pour 100 000 livres sterling.

  6. 1975

    Les « nouvelles trouvailles »

    Des feuillets et des fragments supplémentaires sont découverts dans une salle du monastère.

  7. 2009

    Réuni en ligne

    Les quatre institutions publient ensemble l'intégralité du codex sur codexsinaiticus.org.

Un savant du XIXe siècle examine de grands feuillets de parchemin à la lueur d'une bougie dans une cellule de pierre
Reconstitution Février 1859 : Tischendorf découvre le Nouveau Testament complet.

Où se trouvent aujourd'hui les feuillets ?

Chaque point représente un feuillet conservé (≈ 400 au total).

  • Londres · British Library347 feuillets

    Nouveau Testament complet et une grande partie de l'Ancien

  • Leipzig · Bibliothèque universitaire43 feuillets

    Feuillets emportés en 1844

  • Sinaï · monastère Sainte-Catherine12 feuillets

    12 feuillets et des dizaines de fragments (trouvailles de 1975)

  • Saint-Pétersbourg · Bibliothèque nationale de Russiefragments

    Fragments de quelques feuillets

Feuilleter le codex en ligne
Vitrine VI · Mettre en perspective

Un texte sans équivalent dans l'Antiquité

Comparez le Nouveau Testament aux grandes œuvres de l'Antiquité, que personne ne met en doute : nombre de manuscrits conservés et écart entre la rédaction et la plus ancienne copie substantielle.

  • Nouveau Testament (grec)Iᵉʳ s. ap. J.-C.≈ 5 800≈ 50 ans
  • Homère, IliadeVIIIᵉ s. av. J.-C. ?≈ 1 900≈ 400 ans
  • César, Guerre des GaulesIᵉʳ s. av. J.-C.≈ 250≈ 900 ans
  • Tacite, Annales≈ 116 ap. J.-C.≈ 30≈ 750 ans
  • Platon, DialoguesIVᵉ s. av. J.-C.≈ 250≈ 1200 ans

Ordres de grandeur Chiffres arrondis couramment cités ; ils varient selon les inventaires et selon ce que l'on compte comme « manuscrit ». Pour le Nouveau Testament, l'écart indiqué correspond aux premiers papyrus (P52) ; les copies complètes datent du IVe siècle, soit environ 250 ans.

La suite du parcours

Un autre codex, des pages fantômes

En 2026, l'imagerie multispectrale a fait réapparaître 42 pages perdues d'un autre codex grec du VIe siècle, le Codex H. La salle suivante raconte cette découverte.

Salle 05 · Découverte 2026 : le Codex H